15 juin 2026

Mondial 2026 : Haïti se range du côté de 12 autres pays pour dénoncer les propos du président de l'UEFA

 

Mondial 2026 : Haïti se range du côté de 12 autres pays pour dénoncer les propos du président de l'UEFA


Treize (13) sélections participant à la Coupe du monde 2026 ont publié un communiqué commun pour dénoncer les propos du président de l'Union Européenne de Football Association (UEFA).

Aleksander Čeferin a déclaré que le passage à 48 équipes créait des matches « sans intérêt » en Coupe du monde.

À cette déclaration, le groupe des 13 rétorquent : « Nous rejetons respectueusement mais FERMEMENT ces commentaires.

Pour nos pays, il n’existe pas de match de Coupe du Monde sans importance.  

Pour le Cap-Vert 🇨🇻, Curaçao 🇨🇼et l’Ouzbékistan 🇺🇿, la qualification pour la Coupe du monde représente un accomplissement historique et la réalisation d’un rêve partagé par des générations.

Pour des nations telles que le Congo 🇨🇩 et Haïti 🇭🇹, le retour sur la plus grande scène du football après une longue absence revêt une signification particulière pour des millions de supporters qui ont attendu des années, et dans certains cas des décennies, ce moment.  

Suggérer que ces matchs sont d’une quelconque manière moins importants est profondément DÉCEVANT et ne reconnaît pas les efforts, les sacrifices et les aspirations des joueurs, entraîneurs, clubs, dirigeants du football et supporters à travers le monde.  

Derrière chaque qualification se trouvent des années de travail et d’investissement. Derrière chaque équipe nationale se dressent des communautés entières et des millions de personnes qui voient le football comme une source de fierté, d’espoir et d’unité.  

Le football n’appartient pas à un groupe restreint de nations. Sa force réside dans son UNIVERSALITÉ. 

La Coupe du monde est la plus grande compétition de football au monde précisément parce qu’elle réunit des cultures différentes, des histoires différentes et des parcours footballistiques différents. 

Pour de nombreux pays, la participation à la Coupe du monde n’est pas seulement un accomplissement sportif. C’est un moment qui inspire une génération, accélère le développement du football et crée des souvenirs qui durent toute une vie. 

Nous croyons que chaque nation qui se qualifie mérite DU RESPECT. 

Chaque équipe a gagné sa place à la loyale. 

Chaque supporter a le droit de rêver. 

Chaque match a un sens pour des millions de personnes à travers le monde. 

Nous rejetons donc les commentaires du président de l’UEFA et réaffirmons notre conviction que la croissance du football doit continuer à créer des opportunités, inspirer de nouvelles générations et renforcer la véritable nature globale de notre sport.

CHAQUE MATCH COMPTE. »

Les sélections qui ont co-signé le communiqué sont l'Afrique du Sud 🇿🇦, l'Algérie 🇩🇿, le Cap-Vert 🇨🇻, la République Démocratique du Congo 🇨🇩, la Côte d'Ivoire 🇨🇮, Curaçao 🇨🇼, l'Égypte 🇪🇬, le Ghana 🇬🇭, Haïti 🇭🇹, le Maroc 🇲🇦, l'Ouzébkistan 🇺🇿, le Sénégal 🇸🇳 et la Tunisie 🇹🇳.


Notons qu'à ce stade de la compétition, parmi les 10 pays européens qui ont déjà fait leur entrée en lice, seulement 3 ont remporté la victoire.

❌ Tchéquie 🇨🇿 vs Corée du Sud (1-2)

🤝 Bosnie-Herzégovine 🇧🇦 vs Canada (1-1)

🤝 Suisse 🇨🇭 vs Qatar (1-1)

✅ Écosse 🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿 vs Haïti (1-0)

❌ Turquie 🇹🇷 vs Australie (0-2)

✅ Allemagne 🇩🇪 vs Curaçao (7-1)

🤝 Pays-Bas 🇳🇱 vs Japon (2-2)

✅ Suède 🇸🇪 vs Tunisie (5-1)

🤝 Espagne 🇪🇸 vs Cap-Vert (0-0)

🤝 Belgique 🇧🇪 vs Égypte (1-1)



LIRE HAÏTI 509

15 juin 2026

10 mai 2026

L’Économie de l’Asphyxie : Qui profite réellement du blocage des routes en Haïti ?


Depuis plusieurs mois, des axes routiers stratégiques – au premier rang desquels la route Nationale n° 2 vers le Sud et la voie menant au Nord – sont transformés en zones de non-droit. L’opinion publique tend à n’y voir que le produit de l’anarchie des gangs. Pourtant, une analyse économique rigoureuse révèle une réalité bien plus cynique : le blocage des routes est devenu une rente de situation structurée, dont une frange de l’oligarchie haïtienne tire un profit considérable.


Un monopole par le chaos, du Sud au Nord

L’insécurité n’est plus un simple obstacle logistique ; elle fonctionne désormais comme un mécanisme de capture de marché. En rendant le transport terrestre suicidaire, on détourne délibérément les flux de marchandises vers les voies maritimes. Ce modèle, d’abord éprouvé sur le trajet de la péninsule Sud, s’étend désormais aux Gonaïves et au Cap-Haïtien. Il ne s’agit pas d’une coïncidence lorsque les ports privés deviennent les seuls points d’entrée viables pour les biens de première nécessité. L’oligarchie du transport maritime a ainsi su transformer une crise sécuritaire nationale en un modèle d’affaires florissant, en accaparant le monopole de la distribution sur l’ensemble du territoire.


Le péage de la mer et l’inflation interdépartementale

Pour contourner les zones de non-droit, les transporteurs n’ont guère d’autre choix que de recourir à des barges privées. Le coût moyen – environ deux mille dollars (2 000 $ US) par voyage pour embarquer un camion – est imposé de manière quasi indiscutable, en dépit des critiques qu’il suscite. Ce montant constitue une anomalie économique majeure aux répercussions dévastatrices, dont la principale est une inflation interdépartementale.

Nous assistons dès lors à une fragmentation du marché national. Le prix d’un même produit peut varier de 30 % à 50 % entre deux départements du seul fait du coût de transport maritime. À ce stade, ce ne sont plus l’offre et la demande qui déterminent les prix, mais bien ce qu’il faut appeler le coût du racket maritime. À cela s’ajoute un transfert massif de richesse : les deux mille dollars exigés par voyage constituent une ponction directe sur le pouvoir d’achat des citoyens, transférant la richesse des masses laborieuses vers les comptes d’une poignée de propriétaires d’infrastructures portuaires.


Une complicité passive et lucrative

Dès lors, la persistance des blocages soulève une question fondamentale : comment l’État peut-il laisser les axes vitaux du pays s’effondrer aussi longtemps ? La réponse réside dans une convergence d’intérêts. Être réaliste impose de reconnaître que le maintien du statu quo évite une véritable décentralisation économique. En étranglant les routes, on entretient une dépendance totale envers les infrastructures contrôlées par l’oligarchie de Port-au-Prince, consolidant ainsi des monopoles historiques au détriment de la production nationale et des entrepreneurs des régions, lesquels font face à une faillite systématique.


Briser les chaînes de l’indifférence

Le blocage des routes n’est pas une fatalité ; il est un choix politique et financier. En laissant les axes routiers impraticables, l’État valide une forme d’extorsion institutionnalisée au profit du secteur privé le plus prédateur. L’opinion publique doit comprendre que chaque route bloquée constitue une subvention déguisée versée à ceux qui tirent profit de l’isolement de nos villes. La reconstruction d’Haïti exige, en conséquence, la libération immédiate de la libre circulation des biens et des personnes. Sans routes libres, il n’y a pas d’économie nationale – seulement un pillage organisé.


Munson JEAN, économiste

14 mars 2026

Le système numérique LEH contre le blanchiment dans la borlette



Face à l’essor spectaculaire du secteur des jeux de hasard en Haïti, la Loterie de l’État haïtien (LEH) se trouve au cœur d’un marché dynamique, mais vulnérable aux dérives financières. En première ligne dans la régulation de ce secteur sensible, la LEH renforce son système de contrôle et de numérisation afin de lutter efficacement contre le blanchiment d’argent, particulièrement dans les activités liées à la borlette.

Il se pratique aujourd’hui en Haïti de nombreux jeux de hasard. Parmi lesquels les paris sportifs, les casinos, les combats de coq, taureaux, et surtout la borlette qui ne cesse d’attirer l’attention ainsi que des investissements venus d’horizons divers.

La loterie de l’État haïtien, comme institution autonome a un regard soutenu sur le secteur où d’importantes sommes sont en circulation.

Avec le flux de capitaux qui circulent à travers la loterie, différentes mesures sont déjà prises par la LEH afin d’éradiquer ou de prévenir un ensemble de désordres qui pourraient découler des activités du secteur.

Ainsi, le blanchiment des avoirs se trouve parmi les plus importantes des infractions que la LEH essaie de contrôler voire éviter. Le marché étant accessible et du coup ouvre la porte à de nombreux investisseurs (y compris des joueurs). Et de fait, des transactions illégales sont passibles d’être opérées.

Pourquoi, le blanchiment d’un produit d’un crime attire l’attention de plus d’un. Par principe, toute personne qui participe à la dissimulation de l’origine des biens qu’elle sait provenir directement ou indirectement d’un crime. Or, par rapport à toutes les conséquences qu’elle génère, la corruption sous ses différentes formes, se voit plus qu’un (simple) crime. C’est un cancer. Elle tue et détruit.

En conséquence, l’article 5.3 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption prévoit que, constitue un blanchiment du produit d’un crime le fait de participer à la justification mensongère de l’origine des biens ou des revenus de l’auteur d’un acte de corruption ou d’aider à une opération de placement ou de dissimulation ou de conversion du produit de la corruption.

Et, si nous nous référons à l’article 57 de la loi du 14 novembre 2013, les peines encourues peuvent aller jusqu’à 15 ans d’emprisonnement ferme et une amende de plusieurs millions de gourdes.

Cependant, vu comme un marché très lucratif, la borlette à l’instar d’autres jeux de hasard, est vue comme une véritable alternative face à de multiples situations financières et économiques. Un très fort pourcentage de la population la pratique, et de fait, supporte véritablement de nombreuses gens à se faire une stabilité financière, sans ignorer les milliers d’emplois qu’offre le secteur, ce qui contribue énormément dans le combat contre la pauvreté et le chômage grandissant.

Pour autant, tant il faut le souligner, certains profitent du secteur pour blanchir des avoirs. Et c’est à ce niveau que la présence de la LEH se montre intéressante en tant qu’institution autonome. Car, il n’ y a pas que la borlette comme jeu de hasard en Haïti qui est convoitée par certaines personnes pour asseoir leurs activités, même illégales.

C’est pourquoi le système LEH qui insiste la l’informatisation ou la numérisation de la loterie se veut innovateur et du coup révolutionne catégoriquement le jeu.

C’est un outil qui contribue non seulement à faciliter la pratique du jeu et projette une toute autre image des opérations qui s’effectuent. Mais, l’aspect le plus important que le système apporté dans la lutte contre les transactions non-contrôlées.

Ainsi, cela aide dans le contrôle de la reproduction des fiches de lots gagnants après tirage pour justifier une forte somme d’argent provenant de certaines activités illégales comme le commerce de la drogue, le kidnapping et le trafic d’organe ou le trafic d’être humain.

Et si nous revenons à l’idée que nous avons essayée de développer plus haut, le secteur des jeux de hasard ne cesse d’attirer la convoitise de bon nombre de personnes qui cherchent à dissimuler ou à convertir leurs capitaux, qui, certaines fois, n’ont malheureusement aucune odeur de sainteté.

Par ailleurs, de multiples voix dans la société continuent de multiplier les débats quant à l’émergence et à la prolifération des actes de corruption dans le pays. Ce, en dépit de certains efforts consentis par des institutions comme l’ULCC et même certains organismes de droits humains qui, très souvent, émettent des rapports sur la corruption qui gangrène le pays à tous les niveaux. Même si de grandes interrogations se posent quant aux suivis faits par la justice de ces différents dossiers qui, déjà, ont fait couler beaucoup d’encre dans la République.

Au-delà des risques liés au blanchiment, la LEH se voit investie d’une mission plus large : celle de garantir l’intégrité du secteur et de protéger les joueurs contre toute forme de manipulation. Cela implique non seulement la surveillance des flux financiers, mais également la vérification du respect des normes opérationnelles imposées à tous les opérateurs.

En renforçant les inspections sur le terrain et en imposant des mécanismes de reporting plus rigoureux, l’institution tente de créer un environnement où les transactions sont traçables et où les acteurs du marché sont imputables.

L’utilisation accrue de la technologie se présente comme l’une des armes les plus efficaces contre les actes de dissimulation financière. Grâce à l’informatisation des opérations, la LEH dispose désormais de données consolidées en temps réel, facilitant la détection rapide des anomalies ou des transactions suspectes.

Cette innovation technologique permet également de réduire l’intervention humaine dans certaines étapes critiques du processus, limitant ainsi les risques de collusion ou de falsification au sein même du système.

En parallèle, la sensibilisation des opérateurs et des parieurs devient un autre pilier essentiel de la lutte contre le blanchiment. La LEH s’engage progressivement dans une démarche éducative visant à informer la population sur les bonnes pratiques, les obligations légales et les risques encourus en cas de participation à des opérations illicites. Cet effort vise à transformer les usagers en alliés de la régulation, en leur permettant de mieux comprendre la nécessité des règles mises en place pour préserver la crédibilité du secteur.

En définitive, si la borlette reste un secteur économique incontournable pour des milliers de citoyens, sa vulnérabilité aux transactions illicites impose une vigilance constante. Le système mis en place par la LEH, à travers la numérisation et le renforcement des mécanismes de contrôle, représente une avancée majeure dans la lutte contre le blanchiment d’argent et les dérives financières.

Toutefois, cette bataille exige la collaboration de toutes les parties prenantes :

institutions publiques, opérateurs, société civile et justice. Car seule une action coordonnée et déterminée permettra de préserver l’intégrité d’un secteur qui, bien encadré, peut continuer de jouer un rôle important dans la lutte contre la précarité et la dynamisation de l’économie nationale.



Yves Junior Baptiste,

travailleur social / employé de la LEH

8 décembre 2025

03 mars 2026

De l’exil à la vocation : Mardochée Bijoux transforme l’épreuve en mission



Mardochée Bijoux, 33 ans, mère d’un petit garçon, incarne la résilience et la renaissance.

Diplômée en Sciences Administratives, ancienne photographe professionnelle et journaliste culturelle en Haïti, elle a été contrainte de quitter son pays à cause de l’insécurité. Après un passage en République dominicaine, elle arrive aux États-Unis en 2023 grâce au programme humanitaire instauré sous l’administration du président Joe Biden.

L’exil aurait pu la briser. Il l’a transformée.

Animée par une quête personnelle de guérison, elle se réoriente vers le secteur de la santé. D’abord Assistante licenciée en soins infirmiers, elle obtient en 2025 sa licence de Massage Therapist.

Ce qui était une recherche intime d’équilibre devient une vocation : soulager, apaiser, accompagner.

Elle fonde aujourd’hui Energy & Ease, une entreprise de massage mobile qui apporte le bien-être directement au domicile des clients. Une vision simple mais puissante : transformer l’énergie pour transformer la vie.

Malgré les incertitudes vécues sous l’administration du président Donald Trump, Mardochée reste guidée par l’espoir. Pour elle, les défis sont aussi des appels à l’unité, notamment pour les Haïtiens de la diaspora.

Son histoire n’est pas seulement celle d’une immigrante en quête d’avenir.

C’est celle d’une femme qui a refusé de laisser l’exil définir sa destinée.

De la douleur est née une mission.

De l’instabilité, une vocation.

Et de l’incertitude, une entreprise porteuse d’espoir.

Mardochée Bijoux ne se contente pas de reconstruire sa vie.

Elle restaure l’énergie des autres, un corps, un souffle, une âme à la fois. Parce que certaines femmes ne survivent pas seulement aux tempêtes,

elles apprennent à devenir lumière pour les autres. 

L’eau

06 février 2026

L'exploitation de l'ignorance

 L'exploitation de l'ignorance

«L'ignorance est mère de tous les maux», dixit François Rabelais.

Par cet adage on a facilement tendance à pointer du doigt ce qu'on appelle les ignorants, qu'on prend pour seuls responsables de ce qui leur arrive, et même de ce qui arrive à la société en général. Si on est bien d'accord que l'éducation devrait permettre à l'être humain de bien se comporter et de faire des choix éclairés sans porter préjudice à lui-même et à son entourage, lorsque celle-ci fait défaut, il ne faut pas toujours aller chercher la cause auprès de ceux à qui cela manque.

Si la capacité d'apprendre est inhérente à l'être humain, l'éducation quant à elle n'est pas innée. Et elle ne tombe pas non plus du ciel. L'éducation tout d'abord est un produit social qui résulte d'un effort collectif pour inculquer des valeurs et des connaissances à chacun individuellement, de sorte que chacun en retour agisse lui-même de manière positive sur la société et profitable à celle-ci. C'est pourquoi, il y a des systèmes de valeur morale, culturelle, philosophique, des codes éthiques et déontologiques qui encadrent la pratique de telle ou telle profession, la science pour nous apporter la compréhension des phénomènes ainsi que la connaissance pratique utile à notre vie quotidienne, autant de champs de l'éducation qui sont impersonnels et au-dessus de chacun.

Car nul ne pourra dire qu'il se substitue à la science, la culture, la morale, etc. Autrement dit, personne ne peut se soustraire à l'éducation s'il veut vivre au rang d'un être humain dûment évolué, c'est-à-dire dire avec des principes, des valeurs, en connaissant ses besoins, ses droits et ses devoirs, en utilisant son intelligence, l'ensemble de ses facultés et de ses potentiels pour défendre ses intérêts légitimes d'être humain, pour au final mener une existence saine, décente et épanouie.

De là, il s'ensuit que l'éducation en tant que produit social, doit être déservie à chaque individu, qui en retour doit contribuer à la peaufiner comme une sculpture qu'on ne finissait jamais de travailler, étant donné que l'éducation ne doit pas rester statique. Mais si l'on veut sculpter juste en voyant une sculpture, il faut préalablement qu'on ait appris à le faire. En d'autres termes, pour que chacun participe à l'effort collectif qui consiste à élaborer ce produit social qu'est l'éducation, chacun doit initialement de son côté avoir été éduqué.

On est bien d'accord que, l'éducation, pour être consommée, nécessite un effort personnel. Certes, quelqu'un peut bien décider de se complaire dans l'ignorance, de passer sa vie à faire l'imbécile, de vagabonder, etc, mais il importe par ailleurs de savoir s'il n'y pas eu en amont d'obstacles objectifs, d'ordre structurel, qui entravent la transmission des valeurs et connaissances ( scientifiques, philosophiques, morales, etc), qui inhibent l'éducation de masse, et qui constituent un terrain fertile à l'ignorance. D'ailleurs, celle-ci est parfois voulue, voire souhaitée par certains.

Pour exemplifier ce que nous venons de dire, référons nous à un cas banal. Un enfant de neuf ans, qui a fini par savoir comment gagner systématiquement à un jeu dont il jouit de quelques récompenses (matérielles ou psychologiques), peut décider de cacher sa formule à son petit frère pour tirer parti exclusivement de cette connaissance. Donc en comprenant l'avantage qu'il peut tirer en tenant son frère dans l'ignorance d'une information qu'il a acquise tout seul, il ne souhaitera vraisemblablement pas que ce dernier parvienne à la connaissance de sa découverte. Bien entendu il s'agit d'un exemple qui met en exergue l'égoïsme de l'enfant. Mais cet égoïsme n'est pas rare aux êtres humains en général.

En effet, il existe des cas à plus grande échelle, associant égoïsme, méchanceté et cupidité, avec des retombées beaucoup plus terribles sur la vie des personnes, qui ne font malheureusement pas figure d'exception. Le système colonialiste, esclavagiste, et ségrégationniste à Saint-Domingue n'avait-il pas fait de l'ignorance de l'esclave un principe fondamental qui ouvrait la porte plus facilement à sa servitude? Cette ignorance constituait même le socle de l'aliénation et de la déshumanisation de ce dernier. Ne connaissant pas vraiment sa propre nature et sa propre identité, le Noir pouvait être aisément amené à croire qu'il n'est pas un être humain à part entière, et pire, à accepter comme le stipulait le Code noir, qu'il est un bien meuble.

Quant à maints gouvernements haïtiens, la négligence de l'éducation de leur part suit en quelque sorte les mêmes logiques coloniales, mais aussi s'inscrit en fait dans une stratégie kafkaïenne pour maintenir le peuple dans l'arriération et l'abrutissement, et le rendre impropre à prendre son destin en main à travers des choix et des actes éclairés — même si on peut bien constater que cette stratégie ne fonctionne pas toujours toute seule, nécessitant alors l'usage de la répression —. Ce manque d'éducation, pour ne pas dire cette ignorance, est le pilier sur lequel les dirigeants et les élites se dressent pour faire marcher la machine de manipulation qui abêtit le peuple en vue de mieux passer sur ses aspirations.

Parallèlement, même dans les pays dits développés, avec un système éducatif adéquat et nombre d'écoles et d'universités de renom, c'est-à-dire où l'éducation est censée valorisée et prise en charge, les peuples ne sont pas à l'abri de l'ignorance. Sauf qu'il s'agit plutôt ici d'une ignorance sélective entretenue par les élites pour mieux asseoir leur système et leur pouvoir. La fabrication du consentement dont parle Noam Chomsky dans son livre éponyme ne peut être possible et garantie que si les peuples sont tenus dans l'ignorance de nombreuses informations. En taisant certaines vérités, voire en en déformant d'autres, il est plus facile de façonner leurs esprits, d'y instiller les idées stéréotypées voulues, et finalement de conditionner leur comportement.

De plus, il faut souligner que pour parvenir à comprendre certains concepts, phénomènes et réalités, il faut en avoir été averti par une formation ad hoc. À défaut de cela, une bonne connaissance générale très étendue peut constituer un rempart face à certaines mystifications. Or, le constat est que la grande majorité des populations est loin de développer cette immunité intellectuelle qui les préserverait de la manipulation. En atteste le canular du monoxyde de dihydrogène qui fut popularisé en 1990 par des étudiants de l'Université de Californie. Le but était, non pas de tester directement le degré de savoir des gens, mais de prouver leur grande crédulité. Toutefois, ce qu'il faut retenir c'est que s'il y a crédulité, c'est parce qu'il n'y a pas de remise en question, laquelle ne peut trouver sa base que dans l'acquisition d'un minimum de connaissances dont l'association par la réflexion aboutit à un jugement fondé. En un mot, toute capacité critique provient des racines profondes de la connaissance.

Le canular du monoxyde de dihydrogène, — qui consistait à faire passer l'eau, sous une nomenclature peu familière au public, pour une substance chimique dangereuse, en révélant ses vraies propriétés et en présentant les maux qu'elle peut occasionner, tout en demandant à ceux qui en étaient la victime s'ils appuyaient la suggestion d'abolir de ladite substance — bien qu'il puisse être utilisé à des fins scientifiques comme ludiques, et bien qu'il soit sujet à diverses interprétations, nous pousse à comprendre quatre choses.

Premièrement, il faut toujours bien connaître et bien comprendre avant de juger et de décider, au risque que ces jugements, ces choix et ces décisions se retournent contre soi et les autres. Deuxièmement, il n'existe rien ni personne dont on ne peut trouver un aspect irréprochable ou un défaut quelconque, lesquels peuvent être utilisés à dessein dans le but de diaboliser cette chose ou cette personne, en la dépeignant sur ses pires jours. Troisièmement, ce qui est le corollaire du second, ce n'est pas parce qu'on parle en des termes négatifs de quelque-chose ou de quelqu'un, même en prouvant ses défauts, son côté imparfait, qu'il est forcément mauvais. Enfin, ce que nous retenons le plus, c'est que, l'ignorance, quand elle est exploitée à travers une manipulation, conduit les gens à agir contre eux-mêmes et à faire des choix contre leurs intérêts, leur bien-être, leur propre existence, et au final contre les autres. Car, somme toute, la manipulation de l'ignorance est pire que l'ignorance elle-même.

Jusqu'à maintenant, l'ignorance a été vue comme une variable indépendante, et une cause en soi d'une série de problèmes qui frappent les gens collectivement ou individuellement. Cela a toujours été la vision que les élites ont voulu projeter, comme pour se déresponsabiliser et faire paraître la question sous un angle purement personnel, laissant croire que les personnes ignorantes sont à elles seules coupables de leur propre ignorance. Cette idée a même poursuivi son chemin jusque dans les classes inférieures où des individus qui en sont issus, quand ils se croient munis d'une bonne éducation, affichent des préjugés vis-à-vis d'autres qu'ils jugent sots, stupides, incapables, etc. Par ailleurs, cela permet aussi aux élites de se démarquer, de faire comprendre qu'ils sont prétendument supérieurs, qu'ils sont dotés davantage de capacité — plus élevée que la moyenne — et qu'ils sont faits pour être au premier rang, pour occuper une place apparemment incontestable. Autrement dit, il s'agit d'un narratif pour justifier leur position dominante, non pas sur une base économique, mais plutôt naturelle, comme s'ils étaient faits pour diriger, et les autres pour rester à leur pied.

Personne, un tant soit peu sensé, ne viendra défendre l'ignorance en tant que telle, ou même l'excuser. Le débat doit mettre en lumière ceux qui en sont victimes, et d'autre part ceux qui l'exploitent. Beaucoup de ceux qui rabaissent les ignorants tout en faisant parfois mine de dénoncer l'ignorance juste pour regarder avec condescendance ceux qu'ils croient être inférieurs à eux, ne souhaitent pas la voir endiguée, ou pire œuvrent à sauvegarder cet état des choses. Bref, l'ignorance peut bien être la mère de tous les maux, non pas tant à cause des ignorants, mais plutôt à cause de ceux qui savent et qui exploitent l'ignorance des autres tout en cherchant à la pérenniser.



Boris CHARLES

charlesbla99@gmail.com.

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